Bilan du troisième convoi humanitaire en Serbie
Du 7 au 16 avril 2007
Pour la troisième année consécutive, le convoi humanitaire de l’association Icare s’est dirigé vers la Serbie. Il s’inscrivit dans une volonté de pérenniser nos actions et de poursuivre la coopération avec les contacts établis les années précédentes, en essayant de répondre au mieux aux besoins de la population.
C’est ainsi qu’en avril 2007, neuf Icariens à bord de trois utilitaires se sont rendus dans deux villes (Senta et Ada), au nord du pays, pour y déposer 4.5 tonnes de matériel. Mais un convoi nécessite une longue préparation, tant sur le point de la collecte du matériel que des démarches administratives, indispensables au bon déroulement du projet. Ce bilan essaie de rendre compte de l’étendue du travail à fournir avant le départ, de raconter notre expérience une fois en Serbie mais aussi de porter un regard critique sur notre action en ouvrant sur les perspectives.
Les collectes de matériel
Elles se sont succédées tout au long de l’année, de manière à disposer d’un stock de matériel important et de bonne qualité. Grâce à Handicap International, de nombreux particuliers nous lèguent du matériel orthopédique. Le matériel médical de pointe est recueilli auprès des hôpitaux (à Rambouillet), des maisons de retraite (à Epernon) ou d’autres associations humanitaires (BIP humanitaire). Pour compléter tout ceci, nous avons effectué au mois de mars des collectes de fournitures scolaires et de produits d’hygiène aux supermarchés Champion de Guyancourt et St Rémy lès Chevreuse et à l’hypermarché Auchan de Maurepas.
Malgré la bonne volonté de nos donateurs, le matériel récolté durant l’année est souvent usé ou tout simplement mal entretenu. Pour que notre convoi soit le plus efficace possible, il faut que son chargement soit valorisé. Ainsi, les biens collectés sont nettoyés, les fauteuils roulants sont réparés et l’ensemble du matériel est trié. Les dons qui nous paraissent moins intéressants sont à posteriori redistribués à des associations voisines (Angad France…).
En avril 2006, l’ensemble de la collecte pour la Serbie représentait 150 m3. Seul 1/4 du volume total a pu être acheminé. Il est donc primordial de connaître parfaitement l’étendue du matériel dont nous disposons. Pour cela, un travail d’inventaire régulier est nécessaire. Les produits sont ainsi conditionnés dans des cartons tous marqués, pesés, comptés et stockés dans nos locaux.
Le but étant tout d’abord de réduire au maximum le volume de notre chargement et de posséder des listes de colisages de l’ensemble du matériel transporté. Celles-ci, indispensables aux démarches douanières, doivent être claires, précises et détaillées. En effet, lors de nos passages aux frontières, les douanes seront intransigeantes quant au matériel transporté et à la charge maximale autorisée.
Les démarches administratives
La partie la plus délicate du convoi est la prise de contact avec des institutions sur place. Heureusement nous avons pu nous baser sur les liens établis les deux années précédentes.
Forts d’une expérience de deux ans, les démarches nécessaires à notre entrée en Serbie se sont mieux enchaînées. Avant tout, nous avons demandé l’exonération des frais de péages en France, délivrée par l’ASFA (Association des Sociétés d’Autoroutes Françaises). Ensuite, nous nous sommes procurés toutes les autorisations à présenter aux douanes (ordre de mission, acceptation de don, lettre de transport international,…). Ces documents ne peuvent s’obtenir sans le soutien de l’UVSQ, la mairie de Guyancourt et de nos contacts en Serbie.
Mais un convoi humanitaire d’une dizaine de jours en Europe de l’Est coûte très cher. Etant une petite association, il a fallut trouver des financements extérieurs. La majorité de nos ressources provient des institutions publiques (Université, CROUS, CASQY, mairies,...) qui nous subventionnent à hauteur de 75%. Pour le reste, nous fonctionnons par autofinancement en organisant par exemple des buvettes dans l’enceinte de la faculté. Ainsi, la « semaine de solidarité Serbie » organisée en mars, nous a permis de clôturer le budget, avec un bénéfice de l’ordre de 2000 euros.
Les dépenses relatives au transport sont les plus importantes. En effet, la location de 3 utilitaires de 12 m3 représente la moitié du budget du convoi. C’est pourquoi, nous avons recherché activement le meilleur prix possible. Cette année, nous les avons loué à la société UCAR, à Coignières. Une fois les camions prêts, nous avons souscrit une assurance « Tous risques » à la MAIF, qui couvrait les véhicules et les convoyeurs jusqu’en Serbie.
Le chargement
Le convoi a réellement pris forme avec le chargement des véhicules qui a eu lieu le vendredi 6 avril. Après un petit briefing de la journée, les icariens ont commencé à empiler soigneusement les cartons de don à l’intérieur des camions. Pour des soucis de logistique mais aussi de facilité aux douanes, nous en avions prévu un par destination: tout le matériel médical dans le camion « Hôpital », les fournitures scolaires et les produits d’hygiène dans les camions « Association Duga » et « Association Nada». Cette opération, longue et épuisante, a duré toute la journée malgré la participation active d’une quarantaine d’étudiants (Icariens ou non). Ensuite, tous les convoyeurs ont été se reposer car le départ était fixé le lendemain à 6h.
La longue route
Le départ s’effectua le samedi 7 avril, du bâtiment Leclerc, retardé par un léger imprévu. Direction Strasbourg pour commencer, avec une équipe motivée constituée de neuf icariens parmi lesquels six conducteurs. Le voyage se déroula sans encombre en traversant tour à tour, l’Allemagne, l’Autriche et la Hongrie, avec une petite pause pour la nuit après Linz en Autriche.
Après deux jours de route, nous sommes enfin arrivés à la frontière serbe le dimanche 8, vers 17h. Là-bas, nous attendaient des représentant des deux associations, de l’hôpital ainsi que Tomislav Bulatovic.
Le passage aux douanes se déroula plus rapidement et plus sereinement qu’à l’accoutumée. Cela est dû d’abord à l’évolution du système douanier serbe qui tend à s’aligner sur le modèle de l’union européenne. La présence de nos destinataires connaissant bien les rouages du système a aussi joué en notre faveur. Résultat : un passage éclair sans même une pesée des véhicules. La journée se termina ensuite autour d’un repas copieux, en compagnie des représentants des différentes institutions, dans notre lieu de résidence, en périphérie de la ville de Senta.
Le déchargement
Notre première journée en Serbie débute par un tour du côté du centre de transit de Senta, pour y dédouaner, cette année, l’ensemble du matériel. Le dédouanement est l’opération qui nous autorise à décharger le matériel. Tout ceci se déroule sous l’autorité des douaniers et des transitaires qui vérifient les inventaires et les certificats de don de chacun des camions. Une heure et demie plus tard, nous avons pu décharger. Le fret a été soigneusement disposé dans trois box, respectivement pour l’hôpital et les deux associations. Mais le matériel a été mis sous scellée en attendant que l’ensemble des cartons soit contrôlé par la douane.
Après midi, ballade et discussions avec deux étudiants serbes qui nous font découvrir les environs.
L’association Nada
Les deux jours suivants se déroulent en compagnie de représentants de l’association Nada. Au programme, visite d’une ferme traditionnelle mais surtout rencontre avec deux familles démunies qui ont bénéficié de nos dons l’année précédente. Nous avons ainsi pu constater que notre matériel avait bien été distribué. Mais aussi que l’association était confrontée à certaines interrogations : Quels sont les besoins des familles ? Qui aider ? Quels sont les critères lorsqu’un choix doit s’opérer ? Enfin, dans l’après midi, les neufs Icariens ont rendez vous avec des journalistes locaux pour une petite conférence de presse.
L’hôpital de Senta
L’hôpital de Senta est un petit établissement qui manque cruellement d’équipement perfectionné (ex : scanners) mais aussi de spécialistes sachant l’utiliser. C’est Nesa qui nous y conduira ce quatrième jour, pour une visite des différents services. C’est l’occasion pour nous de tomber nez à nez avec des fauteuils roulants apportés il y a déjà deux ans par notre association. Cette visite se termine ensuite par une rencontre avec l’association Locators, en activité dans l’enceinte de l’établissement. Locators est une structure composée d’étudiants qui réalisent des projets à caractère social et environnemental sur la ville de Senta. Nous avons ainsi pu participer avec eux à l’animation du service pédiatrie de l’hôpital. Les neufs convoyeurs sont sortis très enthousiastes de cette rencontre, contents d’avoir pu échanger sur des expériences associatives et, de manière plus générale, sur l’engagement estudiantin.
L’association Duga
Les derniers temps en Serbie, nous les passons avec les représentants de l’ Association Duga. Marcos, Dusan, Ivana et les autres, que nous connaissons depuis l’année dernière, se montrent en effet très disponibles. Les dernières journées se succèdent alors entre rencontre avec le maire d’Ada qui salue notre initiative et découvertes en tout genre. Accompagnés de nos hôtes, nous nous rendons ainsi dans un village situé en périphérie de la ville d’Ada. Nous faisons alors une rencontre haute en couleur avec la population d’origine tzigane. Ceux-ci sont pour la plupart sans emploi ou vivent de l’économie informelle et, bien souvent, dépendent des aides de l’état. On nous assure qu’ils bénéficieront comme l’année précédente de notre donation. Les biens les plus prisés sont les vêtements et nous regrettons alors que ceux-ci ne constituent pas une part encore plus importante de notre chargement. La visite des locaux de l’association nous indique qu’il y a eu du changement depuis l’année dernière. On nous apprend alors que l’association a obtenu des subventions du Fond de Reconstruction Européen qui leur a permis notamment de se doter de matériel informatique. L’association Duga accomplie un travail considérable et personnalisé auprès des familles démunies. Outre son implication dans le domaine de la prévention (Sida…) et de l’accès à la scolarité, elle agit auprès des populations un peu à la manière des missions locales. C'est-à-dire qu’elle intervient par exemple en aidant une population défavorisée dans ses démarches d’obtention d’aides sociales.
De retour à Saint Quentin en Yvelines
L’équipe d’ Icare quitte la Serbie le dimanche 15 avril au matin, après une soirée d’au revoir passée avec l’ensemble de nos hôtes. Le voyage du retour, nos camions vides, se fait rapide et nous décidons de passer la nuit après Nuremberg en Allemagne. Le lendemain, retour à l’écurie, malgré les heures interminables, bloqués sur le périphérique. Vers 18h30 nous arrivons enfin à l’UVSQ où nous retrouvons les amis dans un accueil chaleureux.
Les perspectives
Chaque année, à l’heure des bilans, se pose la question du futur. C’est une éternelle remise en cause qui nous aide à réfléchir à notre action sur le long terme. Sachant pertinemment que quelques cartons ne suffisent jamais, nous avons toujours eu à cœur de pérenniser nos convois sur plusieurs années.
Il semblerait néanmoins que nous soyons arrivé au bout de ce que l’on pouvait faire en Serbie.
Tout d’abord, la nature du matériel que nous apportons ne paraît plus adaptée aux besoins de la population et aux attentes de nos destinataires. Et, paradoxalement, certains d’entre eux montrent une réelle volonté de mis en place de partenariats plus lourds que nous ne sommes pas en mesure de développer. En effet, Le désir s’est fait sentir chez quelque uns de nos interlocuteurs de développer des échanges culturels et interuniversitaires ou pour d’autres d’obtenir du matériel très sophistiqué que nous ne pouvons leur fournir. Enfin, la barrière de la langue et la faible participation d’étudiants d’origine serbe rendent la recherche de nouveaux contacts laborieuse.
Tout ceci ne minimise pas l’action accomplie par l’ensemble de l’équipe d’Icare. Le matériel que nous avons apporté, et nous en avons l’intime conviction, sera d’une utilité certaine et distribué aux populations les plus nécessiteuses.
Nous avons eu la chance de rencontrer des personnes qui nous ont énormément épaulé avant et pendant ce projet. La plus belle preuve pour nous, ce sont ces contacts qui perdurent une fois en France. Nous avons ainsi un suivi de notre action sur place.
Pour conclure, nous aimerions remercier toutes les personnes qui ont contribué au succès de ce projet ambitieux, qui motive une quarantaine d’adhérents. Particullièrement Dusica Roch et Srdjan Djokic pour leur aide précieuse, en matière de traduction. Enfin, ce convoi n’aurait jamais pu aboutir sans le soutien sans faille de Tomislav Bulatovic, qui faisait le lien entre l’hôpital, les deux associations et nous.
Merci aussi à nos financeurs publics ou privés, à l’Université, aux proches qui de près ou de loin nous ont soutenu avant et pendant le convoi. Un dernier merci à l’espoir qui nous tient et bravo à tous les Icariens qui ont fait de cette action une belle réussite.